Accident avec un conducteur non assuré : le FGAO
Accident avec un conducteur non assuré : le FGAO indemnise la victime à la place de l'assureur absent, selon des règles et des délais qu'il faut maîtriser.

Après un accident avec un conducteur non assuré, la victime est indemnisée par le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO), qui se substitue à l'assureur absent. L'auteur reste personnellement responsable, mais il n'est souvent pas en mesure de payer une indemnisation de dommage corporel : c'est précisément pour éviter que la victime en supporte les conséquences que le Fonds existe. Encore faut-il établir le défaut d'assurance, saisir le FGAO dans les formes et délais requis et faire évaluer chaque préjudice avec la même rigueur que face à un assureur.
Découvrir que le conducteur responsable n'était pas assuré est souvent vécu comme une seconde injustice. La victime craint de ne jamais être indemnisée, ou de devoir poursuivre elle-même un débiteur insolvable. Ces craintes sont compréhensibles, mais le droit apporte une réponse : le dossier change d'interlocuteur, pas de principe.
Conducteur non assuré : les situations rencontrées
Tout véhicule terrestre à moteur doit être couvert par une assurance de responsabilité civile. Le défaut d'assurance recouvre pourtant des situations différentes, qui n'appellent pas toutes la même réponse :
- le conducteur n'a jamais souscrit d'assurance, ou son contrat a été résilié ;
- le contrat existe, mais l'assureur refuse sa garantie en invoquant une nullité, une suspension ou une autre exception ;
- le véhicule a été volé : la garantie de l'assureur du propriétaire ne couvre pas, en principe, la responsabilité de l'auteur du vol ;
- le véhicule est immatriculé à l'étranger : un organisme spécifique peut alors être compétent pour les véhicules assurés à l'étranger ;
- l'engin en cause est une trottinette électrique ou un autre engin de déplacement personnel motorisé que son utilisateur n'a pas assuré.
Quand l'assureur refuse sa garantie
L'assureur du responsable ne peut pas opposer à la victime toutes les exceptions qu'il pourrait opposer à son assuré. Certaines déchéances ou limitations de garantie sont inopposables aux victimes, et l'assureur qui les invoque peut rester tenu de les indemniser, quitte à se retourner ensuite contre son assuré. La jurisprudence européenne et française a par ailleurs écarté, sauf abus de droit, la possibilité pour l'assureur d'opposer aux victimes la nullité du contrat pour fausse déclaration de l'assuré. Avant de se tourner vers le FGAO, il faut donc vérifier si le refus de garantie est réellement opposable à la victime.
Lorsque l'assureur entend refuser sa garantie, il doit le déclarer au FGAO par lettre recommandée avec avis de réception, pièces justificatives à l'appui, et en aviser en même temps la victime, faute de quoi son exception de non-garantie est inopposable à la victime et il reste tenu de l'indemniser. Lorsque l'exception est régulièrement notifiée et fondée, le Fonds intervient à la place de l'assureur, sans que la victime ait à trancher elle-même le litige entre l'assureur et son assuré.
Établir le défaut d'assurance
La preuve du défaut d'assurance est la première étape du dossier. Elle résulte le plus souvent du procès-verbal des forces de l'ordre, qui vérifient la situation du véhicule, de la décision pénale qui condamne le conducteur pour défaut d'assurance, ou du courrier par lequel l'assureur refuse sa garantie.
- le procès-verbal ou le récépissé de plainte mentionnant l'identité du conducteur et du propriétaire du véhicule ;
- l'immatriculation du véhicule et, le cas échéant, l'attestation d'assurance présentée sur les lieux ;
- le constat amiable, s'il a été établi, même incomplet ;
- la correspondance avec l'assureur qui conteste sa garantie ;
- le certificat médical initial et les pièces médicales décrivant les lésions.
Une fausse attestation d'assurance ou un contrat présenté comme valable peut retarder le dossier de plusieurs mois. Plus la situation est clarifiée tôt, plus vite le bon débiteur peut être mis en cause.
Accident avec un conducteur non assuré : l'intervention du FGAO
L'article L. 421-1 du code des assurances charge le FGAO d'indemniser les victimes d'accidents de la circulation dans lesquels est impliqué un véhicule terrestre à moteur, lorsque le responsable des dommages demeure inconnu ou n'est pas assuré. Le Fonds applique les règles de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 et le principe de réparation intégrale.
Une intervention subsidiaire
Le FGAO n'intervient que si aucun autre débiteur n'est tenu de réparer le dommage. Si un autre véhicule assuré est impliqué dans l'accident, son assureur doit indemniser la victime en premier lieu. Les prestations des organismes sociaux sont prises en compte dans le calcul de l'indemnité. Les conditions de mise en cause du Fonds, et les démarches préalables qu'il peut exiger, doivent être respectées scrupuleusement : elles conditionnent la recevabilité de la demande.
La position de la victime
Face au FGAO, la victime conserve les droits qu'elle aurait eus face à un assureur. Le piéton, le cycliste et le passager sont indemnisés sans que leur faute puisse leur être opposée, sauf faute inexcusable ayant été la cause exclusive de l'accident ; les victimes de moins de seize ans ou de plus de soixante-dix ans, et celles titulaires d'un titre leur reconnaissant un taux d'incapacité d'au moins 80 %, sont indemnisées dans tous les cas, sauf recherche volontaire du dommage. Le conducteur victime peut se voir opposer sa faute, à condition qu'elle soit prouvée et ait contribué à son dommage.
Le passager du conducteur non assuré est lui aussi indemnisé par le FGAO, sous réserve de certaines exclusions, par exemple lorsqu'il savait que le véhicule avait été volé. Sa situation doit être examinée avec attention.
Agir contre l'auteur non assuré
Le conducteur non assuré reste personnellement responsable du dommage qu'il a causé. La conduite sans assurance est en outre un délit, prévu par l'article L. 324-2 du code de la route et puni de 3 750 euros d'amende, avec des peines complémentaires comme la suspension du permis de conduire ou la confiscation du véhicule. Lorsque l'accident a causé des blessures, l'auteur peut être poursuivi devant le tribunal correctionnel.
La victime peut se constituer partie civile devant la juridiction pénale ou agir devant le tribunal judiciaire pour faire fixer son indemnisation. Le FGAO doit être informé de la procédure engagée contre le conducteur non assuré et peut y intervenir : sa présence permet d'obtenir, dans une même décision, la fixation du préjudice et la garantie du Fonds. Une décision rendue sans que le Fonds ait été régulièrement informé peut compliquer le paiement.
Les délais à respecter
La saisine du FGAO obéit à des délais propres, distincts de la prescription de droit commun de l'action en réparation du dommage corporel, qui est de dix ans à compter de la consolidation. Selon que l'auteur est connu ou non, et selon qu'une transaction ou une décision de justice est intervenue, les délais et leur point de départ diffèrent. Ils doivent être identifiés dès l'ouverture du dossier : un délai manqué peut faire perdre le bénéfice de la garantie du Fonds.
Expertise, offre et préjudices indemnisés
Le FGAO fait examiner la victime par un médecin qu'il désigne. La victime a intérêt à être assistée par un médecin-conseil de victime, indépendant du Fonds, qui prépare l'examen et discute les conclusions : la consolidation, le déficit fonctionnel, les besoins en aide humaine, le retentissement professionnel. Le Fonds présente ensuite des offres d'indemnisation, provisionnelles puis définitives, qui doivent être examinées poste par poste.
L'indemnisation couvre l'ensemble des postes de la nomenclature Dintilhac : dépenses de santé, frais divers, aide humaine, pertes de gains professionnels, incidence professionnelle, déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudices esthétique, d'agrément et sexuel, préjudices des proches. Lorsque l'accident entraîne un traumatisme crânien, une tétraplégie ou une paraplégie, une amputation ou un polytraumatisme, l'aide humaine par tierce personne, le logement et le véhicule adaptés et la perte de revenus sont évalués sur toute la vie et capitalisés au moyen d'un barème tenant compte de l'âge et d'un taux d'actualisation, selon la méthode propre aux dossiers lourds.
Les pièges à éviter
- renoncer à toute démarche en pensant que l'absence d'assurance prive la victime d'indemnisation ;
- accepter sans vérification le refus de garantie de l'assureur du responsable ;
- engager une procédure contre l'auteur sans informer le FGAO ;
- laisser passer les délais propres au Fonds ;
- se rendre seul à l'expertise et accepter une offre avant la consolidation.
Le recours du FGAO contre le conducteur non assuré
Après avoir indemnisé la victime, le FGAO se retourne contre le conducteur non assuré pour récupérer les sommes versées. Ce recours ne concerne plus la victime : son indemnisation lui est acquise dès l'accord ou la décision de justice, et l'éventuelle insolvabilité de l'auteur pèse sur le Fonds, non sur elle.
La victime n'a donc pas à engager elle-même de longues procédures d'exécution contre un débiteur souvent dépourvu de ressources. Elle peut, en revanche, être sollicitée pour fournir au Fonds les éléments utiles à son recours, comme la décision pénale ou les coordonnées de l'auteur. Lorsque l'auteur dispose de biens ou de revenus, le Fonds organise lui-même le recouvrement, selon ses propres règles.
Dans certains dossiers, la victime a intérêt à maintenir à la fois l'action contre l'auteur et la mise en cause du Fonds : la condamnation pénale du conducteur non assuré établit les faits, tandis que la garantie du FGAO assure le paiement. L'articulation des deux procédures, et le moment de la saisine du Fonds, se décident en fonction de l'état d'avancement de l'enquête et de la gravité des blessures, en particulier lorsque des provisions importantes sont nécessaires pour financer l'aide humaine ou l'adaptation du domicile.
Ce que jugent les tribunaux : décisions récentes
Cour de cassation, chambre criminelle, 23 septembre 2025, n° 20-86.015 : un passager est blessé dans sa propre voiture, conduite par un tiers en état d'ivresse. Il avait lui-même souscrit l'assurance en faisant une fausse déclaration sur l'identité du conducteur habituel, et l'assureur obtenait la nullité du contrat pour refuser de payer. À la suite d'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 19 septembre 2024, la Cour de cassation juge que cette nullité est inopposable au passager victime, même lorsqu'il est l'auteur de la fausse déclaration, sauf abus de droit : l'assureur reste tenu de l'indemniser.
Cour de cassation, 2e chambre civile, 25 janvier 2024, n° 22-16.966 : un passager arrière est grièvement blessé en Belgique dans une voiture immatriculée en France. L'assureur refusait sa garantie, au motif que le véhicule avait été vendu et le contrat supprimé avant l'accident. La Cour de cassation approuve la cour d'appel d'avoir déclaré cette exception de non-assurance irrecevable : l'assureur qui l'invoque doit la déclarer par lettre recommandée au FGAO et en aviser en même temps la victime, et cette double formalité s'applique aussi à un accident survenu à l'étranger, dès lors que la victime n'a pas été indemnisée par le bureau d'assurance du pays de l'accident. L'assureur reste tenu d'indemniser la victime, qui avait obtenu des provisions de 150 000 puis 120 000 euros.
Un cas concret
Dans l'affaire jugée par la chambre criminelle le 23 septembre 2025 (n° 20-86.015), l'accident était survenu en décembre 2013 : le véhicule, conduit en état d'ivresse par une autre personne que son propriétaire, était entré en collision avec une autre voiture, et le propriétaire, assis comme passager, avait été blessé. Le conducteur a été condamné pour blessures involontaires. Devant le juge des intérêts civils, l'assureur du véhicule a fait annuler le contrat, en démontrant que le propriétaire avait menti sur l'identité du conducteur habituel.
Le tribunal avait mis l'assureur hors de cause. La cour d'appel de Lyon a jugé la nullité inopposable au passager blessé, et la Cour de cassation a confirmé : le passager reste un tiers victime, et l'objectif de protection des victimes poursuivi par le droit européen impose que l'assurance obligatoire joue. Pour la victime, cela signifie qu'un refus de garantie fondé sur la nullité du contrat ne doit jamais être accepté sans vérification.
Avocat accident conducteur non assuré : la méthode du cabinet
Le cabinet DEHAN SCHINAZI, avocat expert en dommage corporel, accompagne les victimes d'un conducteur non assuré devant le FGAO et devant les juridictions. Son intervention suit des étapes précises :
- analyse de la situation d'assurance du véhicule et contestation, le cas échéant, du refus de garantie de l'assureur ;
- identification de tous les débiteurs possibles : autres véhicules impliqués, FGAO ;
- contrôle des délais et saisine du Fonds dans les formes requises ;
- constitution de partie civile ou action civile, avec mise en cause du FGAO ;
- assistance à l'expertise par un médecin-conseil de victime et, selon le dossier, un ergothérapeute ou un architecte ;
- chiffrage de chaque poste, négociation et, si l'offre ne répare pas l'intégralité du préjudice, saisine du tribunal.
Vous avez été blessé par un conducteur non assuré, ou l'assureur du responsable refuse sa garantie ? Le cabinet étudie votre dossier, vérifie les délais applicables et vous explique les étapes à venir. Contactez-nous avant toute expertise et avant d'accepter une offre.
Publié par le cabinet Dehan-Schinazi : Maître Yohan Dehan et Maître Allan Schinazi, avocats au barreau de Paris, experts en dommage corporel.
Et si on regardait votre dossier ensemble ?
- Étude gratuite
- Sans engagement
- Réponse sous 24h.
Questions fréquentes
Nous avons rassemblé ici les réponses aux questions que vous nous posez le plus souvent. Si la vôtre n’y figure pas, notre équipe est juste à un clic.
Oui, en principe. Le FGAO indemnise les victimes d'accidents de la circulation lorsque le responsable n'est pas assuré, selon les règles de la loi Badinter et le principe de réparation intégrale, à condition que la demande soit présentée dans les formes et délais requis.
Le Fonds intervient à titre subsidiaire et peut exiger certaines démarches préalables. Il doit en tout cas être informé de la procédure engagée contre le conducteur non assuré. Ces règles de forme conditionnent la recevabilité de la demande et doivent être vérifiées au cas par cas.
Ce refus n'est en principe pas opposable à la victime. La Cour de cassation juge, dans le sillage de la Cour de justice de l'Union européenne, que la nullité du contrat pour fausse déclaration de l'assuré est inopposable à la victime de l'accident, même lorsque celle-ci est le souscripteur à l'origine de la fausse déclaration, sauf abus de droit (chambre criminelle, 23 septembre 2025, n° 20-86.015). L'assureur reste alors tenu de l'indemniser.
En principe oui, par le FGAO, sous réserve de certaines exclusions, notamment lorsque le passager savait que le véhicule avait été volé. Le passager reste une victime non conductrice, protégée par la loi Badinter.
Lorsque le véhicule étranger est assuré, un organisme spécifique est en principe chargé de l'indemnisation en France pour le compte de l'assureur étranger. S'il n'est pas assuré, le FGAO peut intervenir. La situation doit être vérifiée dès le départ.
La conduite sans assurance est un délit puni de 3 750 euros d'amende, avec des peines complémentaires. Il reste en outre personnellement responsable des dommages et le FGAO se retourne contre lui après avoir indemnisé la victime.
Le Fonds applique les mêmes règles d'indemnisation, selon la nomenclature Dintilhac. Comme face à un assureur, ses offres doivent être discutées poste par poste, avec l'assistance d'un médecin-conseil de victime lors de l'expertise.
Dès que le défaut d'assurance est connu ou que l'assureur conteste sa garantie : les délais propres au FGAO et les règles d'information du Fonds rendent les premières démarches décisives.