Accident de bus, tram ou métro : indemnisation
Accident de bus, tram ou métro : le passager blessé est indemnisé, mais le régime change selon le mode de transport et le lieu exact de l'accident.

Le passager blessé dans un accident de bus, de tram ou de métro a droit à l'indemnisation de son préjudice corporel. Le fondement dépend du mode de transport : pour le bus et l'autocar, c'est la loi Badinter du 5 juillet 1985 qui s'applique, très protectrice pour le passager ; pour le métro et le train, qui circulent sur des voies qui leur sont propres, c'est la responsabilité du transporteur tenu d'une obligation de sécurité envers ses voyageurs ; le tramway se situe entre les deux. Identifier le bon régime dès le départ détermine ce que la victime doit prouver et à qui elle doit s'adresser.
Chute pendant un freinage brutal, collision entre un autobus et une voiture, portes qui se referment au moment de la descente, chute sur un quai ou dans un escalier mécanique : les circonstances sont variées, et les victimes sont souvent des personnes âgées, des enfants ou des voyageurs debout. Les blessures peuvent être graves, en particulier les fractures du col du fémur et les traumatismes crâniens chez les passagers âgés.
Accident de bus, tram ou métro : quel régime d'indemnisation ?
La loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 s'applique aux victimes d'un accident de la circulation dans lequel est impliqué un véhicule terrestre à moteur, même lorsqu'elles sont transportées en vertu d'un contrat. Son article 1er exclut toutefois les chemins de fer et les tramways circulant sur des voies qui leur sont propres. Cette exclusion commande toute l'analyse :
- bus, autocar, car scolaire, navette, taxi ou voiture de transport avec chauffeur : véhicules terrestres à moteur, la loi Badinter s'applique au passager ;
- tramway : la loi Badinter s'applique lorsqu'il ne circule pas sur une voie qui lui est propre, par exemple à une intersection ouverte aux autres usagers ; dans le cas contraire, c'est le régime du transporteur ;
- métro et train : exclus de la loi Badinter lorsqu'ils circulent sur leurs voies propres ; l'indemnisation repose sur la responsabilité du transporteur et, pour le train, sur des règles européennes propres aux voyageurs ferroviaires.
Dans tous les cas, la réparation est intégrale et couvre l'ensemble des postes de préjudice. Ce qui change, c'est la charge de la preuve, les causes d'exonération que l'exploitant peut invoquer et les règles de procédure applicables à l'offre d'indemnisation.
Passager d'un bus ou d'un autocar : la loi Badinter s'applique
Le passager d'un autobus ou d'un autocar n'est pas conducteur : il relève de l'article 3 de la loi Badinter. Ses dommages corporels sont indemnisés sans que sa propre faute puisse lui être opposée, sauf faute inexcusable ayant été la cause exclusive de l'accident. Les passagers de moins de seize ans ou de plus de soixante-dix ans, et ceux titulaires d'un titre leur reconnaissant un taux d'incapacité d'au moins 80 %, sont indemnisés dans tous les cas, sauf s'ils ont volontairement recherché le dommage.
Chute à bord lors d'un freinage ou d'un démarrage
Le passager qui chute à l'intérieur d'un bus lors d'un freinage, d'un démarrage ou d'un virage est victime d'un accident de la circulation dans lequel le bus est impliqué. Il n'a pas à démontrer une faute du conducteur. L'argument parfois opposé, selon lequel le voyageur se tenait debout sans s'agripper à une barre, ne constitue pas en principe une faute inexcusable : cette notion est réservée à une faute volontaire, d'une exceptionnelle gravité, exposant sans raison valable son auteur à un danger dont il aurait dû avoir conscience.
Collision entre le bus et un autre véhicule
Lorsque le bus percute une voiture, une moto ou un poids lourd, plusieurs véhicules sont impliqués. Le passager peut demander l'indemnisation de l'intégralité de son préjudice à l'assureur de n'importe lequel d'entre eux, à charge pour les assureurs de se répartir ensuite la dette. Il n'a pas à attendre que les responsabilités entre conducteurs soient établies.
À la montée et à la descente
La chute au moment de monter dans un bus ou d'en descendre, la fermeture des portes sur un voyageur ou le démarrage pendant la descente relèvent également, en principe, de la loi Badinter, le bus étant impliqué dans l'accident. Les circonstances exactes, et notamment la position du véhicule et du voyageur, doivent être reconstituées avec précision.
Accident de tramway : une situation intermédiaire
Le tramway est un véhicule terrestre à moteur, mais la loi Badinter exclut les tramways circulant sur des voies qui leur sont propres. Les juges examinent concrètement le lieu de l'accident : une plateforme réservée, séparée de la circulation, n'est pas traitée comme un carrefour ou une portion de voie que le tramway partage avec les voitures, les cyclistes et les piétons. La réponse conditionne le régime applicable au passager.
Lorsque la loi Badinter s'applique, le passager du tramway bénéficie de la même protection que celui d'un bus. Lorsqu'elle est écartée, il peut agir contre l'exploitant sur le fondement du contrat de transport et de l'obligation de sécurité qui en découle. Cette qualification est souvent discutée : elle mérite une analyse précise des lieux, plans et images à l'appui.
Accident de métro ou de train : la responsabilité du transporteur
Le transporteur de voyageurs est tenu d'une obligation de sécurité envers ses passagers. Depuis un arrêt de la Cour de cassation du 21 novembre 1911, cette obligation est qualifiée d'obligation de résultat pendant l'exécution du transport : le voyageur blessé n'a pas à prouver une faute de l'exploitant, il lui suffit d'établir que son dommage est survenu au cours du transport.
Pendant le transport proprement dit
L'obligation de résultat couvre, selon la jurisprudence, la période qui s'étend du moment où le voyageur commence à monter dans la voiture jusqu'à celui où il achève d'en descendre. Une chute dans la rame lors d'un freinage d'urgence, une blessure causée par la fermeture des portes ou un choc lors d'un incident d'exploitation engagent en principe la responsabilité du transporteur, qui ne peut s'exonérer qu'en démontrant un événement présentant les caractères de la force majeure.
Sur le quai, dans la gare ou la station
Avant la montée et après la descente, lorsque le voyageur circule librement dans la gare ou la station, l'obligation du transporteur est appréciée de manière moins stricte : la victime doit en principe démontrer un manquement, comme un sol glissant non signalé, un défaut d'éclairage, un escalier mécanique défectueux ou une affluence non maîtrisée. Le moment et le lieu exacts de l'accident ont donc une importance décisive.
Pour le train, des règles européennes relatives aux droits et obligations des voyageurs ferroviaires prévoient en outre une responsabilité du transporteur en cas de mort ou de blessure d'un voyageur. Leur articulation avec le droit français, et leur application éventuelle aux transports urbains, se vérifient au cas par cas.
Taxi, VTC, car scolaire : les autres transports de personnes
Le passager d'un taxi, d'une voiture de transport avec chauffeur, d'une navette ou d'un car scolaire est transporté dans un véhicule terrestre à moteur : la loi Badinter s'applique, avec la protection des victimes non conductrices. Pour l'enfant blessé dans un car scolaire, les règles propres aux victimes mineures s'ajoutent, notamment pour la représentation et le placement des fonds, qui font l'objet d'une page dédiée.
Lorsque le passager est blessé lors d'une agression à bord, il ne s'agit en principe pas d'un accident de la circulation : l'indemnisation peut alors relever de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI), à côté d'une éventuelle action contre l'exploitant au titre de son obligation de sécurité.
Les preuves à réunir après un accident de transport en commun
Les exploitants disposent de leurs propres rapports et images, mais ceux-ci ne sont pas conservés indéfiniment. La victime ou ses proches ont intérêt à agir vite :
- signaler immédiatement l'accident au conducteur ou à un agent, et demander qu'un rapport d'incident soit établi ;
- noter la ligne, le numéro du véhicule ou de la rame, l'heure, l'arrêt ou la station ;
- recueillir les coordonnées des témoins, souvent d'autres passagers ;
- demander par écrit à l'exploitant la conservation des images de vidéoprotection du véhicule et de la station ;
- conserver le titre de transport ou tout justificatif du trajet ;
- faire établir un certificat médical initial complet, et déposer plainte lorsqu'une infraction est en cause.
Indemnisation d'un accident de bus, tram ou métro : les préjudices réparés
Quel que soit le régime, l'indemnisation suit la nomenclature Dintilhac. Pour le passager blessé, les postes les plus fréquents sont :
- les dépenses de santé actuelles et futures restées à charge ;
- l'aide humaine temporaire, très importante pour une personne âgée après une fracture, y compris lorsqu'elle est apportée par la famille ;
- la perte de gains professionnels actuels et futurs, et l'incidence professionnelle ;
- le déficit fonctionnel temporaire et permanent ;
- les souffrances endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;
- le cas échéant, l'adaptation du logement lorsque la victime ne peut plus vivre chez elle sans aménagement ;
- les préjudices des proches, victimes par ricochet.
Pour un passager âgé, une chute dans un bus peut marquer le passage d'une vie autonome à une situation de dépendance. Ce basculement doit être documenté et indemnisé : aide humaine par tierce personne, aménagement du domicile, parfois entrée en établissement. Lorsque l'accident entraîne un traumatisme crânien, un polytraumatisme ou une amputation, le dossier relève de la méthode propre aux dossiers lourds, avec une évaluation des besoins sur toute une vie et leur capitalisation au moyen d'un barème fondé sur l'âge de la victime et un taux d'actualisation.
Face aux exploitants et à leurs assureurs : expertise et offre
Les grands exploitants de transport disposent de services spécialisés dans la gestion des sinistres. Face à ces interlocuteurs, la victime a intérêt à être accompagnée par un avocat et assistée, lors de l'expertise médicale, par un médecin-conseil de victime, indépendant de l'exploitant et de son assureur. C'est à l'expertise que se fixent la consolidation, les séquelles et les besoins futurs.
Lorsque la loi Badinter s'applique, l'article L. 211-9 du code des assurances impose à l'assureur de présenter une offre d'indemnisation dans un délai de huit mois à compter de l'accident ; cette offre peut être provisionnelle lorsque l'assureur n'a pas été informé de la consolidation dans les trois mois de l'accident, l'offre définitive devant alors intervenir dans les cinq mois suivant cette information. Pour le métro et le train hors loi Badinter, cette procédure d'offre ne s'applique pas de la même manière : la négociation ou l'action judiciaire suivent alors les règles de droit commun.
Les pièges à éviter
- accepter une offre rapide présentée comme un « geste commercial » avant la consolidation ;
- laisser l'exploitant qualifier seul les circonstances de l'accident ;
- admettre une faute qui n'en est pas une, comme le fait de voyager debout ;
- oublier l'aide apportée par les proches et le recours des organismes sociaux ;
- se rendre seul à l'expertise.
Ce que jugent les tribunaux : décisions récentes
Tribunal judiciaire de Paris, 19e chambre civile, 12 mai 2026, n° 25/15065 (jugement de première instance) : une retraitée de 79 ans avait chuté dans un autobus de la RATP lors d'un freinage d'urgence. Son droit à indemnisation intégrale sur le fondement de la loi Badinter n'était pas contesté. Le tribunal indemnise l'aide apportée par l'entourage à 20 euros de l'heure, sans exiger de justificatif de dépenses, et le voyage qu'elle avait dû annuler. Il juge enfin les offres provisionnelles de l'assureur tardives et manifestement insuffisantes, et son offre définitive incomplète, ce qui ouvre droit à la sanction du doublement des intérêts prévue par le code des assurances.
Tribunal judiciaire de Grenoble, ordonnance de référé du 19 mars 2026, n° 25/02037 : une passagère de 84 ans avait chuté dans un bus lors d'un freinage brutal et souffrait d'une fracture-tassement d'une vertèbre lombaire, opérée par cimentoplastie. Faute d'accord avec l'assureur, elle a saisi le juge des référés, puis a accepté en cours de procédure une provision amiable de 12 000 euros. Le juge ordonne une expertise médicale judiciaire et condamne l'assureur de l'exploitant à lui verser une provision de 2 500 euros pour financer les frais de la procédure et de l'expertise, la provision amiable ne couvrant que ses préjudices corporels.
Un cas concret
Dans l'affaire jugée par le tribunal judiciaire de Paris le 12 mai 2026, une femme de 79 ans voyageait en juin 2023 dans un autobus de la RATP lorsque le conducteur a freiné en urgence. Elle a chuté et s'est fracturé la cheville gauche (fracture-luxation bimalléolaire). Elle est restée hospitalisée plus de quatre mois, a subi deux interventions puis plus d'un an de kinésithérapie ; l'expert a retenu un déficit fonctionnel permanent de 15 %, des souffrances cotées 4 sur 7 et un besoin d'aide à vie d'une heure par semaine.
L'assureur de la RATP n'avait proposé qu'en 2025, soit bien après le délai légal de huit mois, deux provisions de 2 000 euros et 597,10 euros, puis une offre définitive qui ignorait le préjudice d'agrément et sous-estimait la durée du déficit temporaire et l'aide humaine. Le tribunal a porté l'indemnisation des souffrances à 15 000 euros, alors que l'assureur en proposait 10 000, a remboursé le voyage aux États-Unis annulé pour 1 411 euros et a capitalisé l'aide humaine nécessaire à vie.
Avocat accident de transport en commun : la méthode du cabinet
Le cabinet Dehan-Schinazi, avocats au barreau de Paris experts en dommage corporel, défend les victimes, et elles seules, partout en France. Il accompagne les passagers blessés dans un bus, un autocar, un tramway, un métro ou un train. Son intervention suit des étapes précises :
- analyse des circonstances et du lieu exact de l'accident pour déterminer le régime applicable ;
- demande de conservation des preuves auprès de l'exploitant ;
- identification du débiteur : exploitant, assureur du véhicule tiers, ou les deux ;
- demande de provisions adaptées aux besoins immédiats ;
- constitution d'une équipe pluridisciplinaire selon le dossier : médecin-conseil de victime, ergothérapeute, architecte ;
- chiffrage de chaque poste, négociation et, si l'offre ne répare pas l'intégralité du préjudice, saisine du tribunal.
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Publié par le cabinet Dehan-Schinazi : Maître Yohan Dehan et Maître Allan Schinazi, avocats au barreau de Paris, experts en dommage corporel.
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Questions fréquentes
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Non. Le bus étant un véhicule terrestre à moteur impliqué dans l'accident, la loi Badinter s'applique : le passager est indemnisé sans avoir à prouver une faute du conducteur, et sa propre faute ne peut lui être opposée que s'il s'agit d'une faute inexcusable cause exclusive de l'accident.
Pour un passager de bus, ce reproche ne suffit pas, en principe, à caractériser une faute inexcusable, notion réservée à des comportements d'une exceptionnelle gravité. Pour le métro ou le train, la faute du voyageur ne libère en principe le transporteur que si elle présente les caractères de la force majeure.
En principe non, car le métro circule sur des voies qui lui sont propres. Le passager agit alors contre le transporteur, tenu d'une obligation de sécurité pendant le transport. Le régime précis dépend du moment et du lieu de l'accident.
Cela dépend du lieu. La loi Badinter exclut les tramways circulant sur une voie qui leur est propre ; elle s'applique en revanche lorsque le tramway circule sur une portion partagée avec les autres usagers, comme un carrefour. L'analyse des lieux est décisive.
C'est possible, mais il faut en principe démontrer un manquement de l'exploitant à son obligation de sécurité : sol glissant, défaut d'éclairage, équipement défectueux, affluence non maîtrisée. Les images de vidéoprotection et les témoignages sont alors essentiels.
Le passager peut demander l'indemnisation de l'intégralité de son préjudice à l'assureur de l'un quelconque des véhicules impliqués. Les assureurs se répartissent ensuite la charge entre eux, sans que la victime ait à attendre l'issue de ce débat.
Une agression n'est pas en principe un accident de la circulation. L'indemnisation peut relever de la CIVI, sous conditions, et éventuellement d'une action contre l'exploitant au titre de son obligation de sécurité. Chaque voie doit être étudiée selon les circonstances.
L'action en réparation d'un dommage corporel se prescrit en principe par dix ans à compter de la consolidation. Mais les preuves, notamment les images de vidéoprotection, disparaissent en quelques jours ou semaines : il faut agir sans attendre.
Oui. Accepter une provision n'empêche pas de faire désigner un expert par le juge. Dans une ordonnance du 19 mars 2026 (n° 25/02037), le juge des référés de Grenoble a ordonné une expertise judiciaire pour une passagère de 84 ans blessée dans un bus, qui avait pourtant accepté une provision amiable de 12 000 euros, et lui a accordé en plus une provision de 2 500 euros pour couvrir les frais de la procédure.