Indemnisation & nomenclature Dintilhac
L'indemnisation du dommage corporel obéit à un principe simple à énoncer et exigeant à mettre en œuvre : la réparation intégrale du préjudice. Cette page-pilier vous explique la nomenclature Dintilhac, le pivot de la consolidation et la manière dont chaque poste se chiffre, avant de vous orienter vers nos pages dédiées.

Lorsque vous êtes victime d'un accident de la route, d'un accident de la vie, d'une erreur médicale ou d'une infraction, le droit français vous reconnaît un droit à réparation. Le principe directeur est celui de la réparation intégrale : « tout le préjudice, rien que le préjudice ». Concrètement, l'indemnisation doit replacer la victime, autant que l'argent le permet, dans la situation qui aurait été la sienne sans le dommage — ni plus, ni moins. Mais ce principe ne se réalise pas de lui-même : aucun poste de préjudice n'est accordé d'office. Chacun doit être identifié, documenté et chiffré, faute de quoi il disparaît purement et simplement de l'indemnisation. C'est tout l'enjeu d'une évaluation menée poste par poste, sans rien laisser de côté.
Le fondement juridique varie selon l'origine du dommage — loi du 5 juillet 1985 dite loi Badinter pour les accidents de la circulation, droit commun de la responsabilité pour les accidents de la vie, article L. 1142-1 du Code de la santé publique et dispositif ONIAM / CCI pour les accidents médicaux, FGAO pour l'auteur non assuré ou non identifié, CIVI et FGTI pour les victimes d'infractions. Mais quel que soit le régime, l'évaluation du préjudice corporel repose sur un cadre commun : la nomenclature Dintilhac.
La nomenclature Dintilhac : le langage commun du dommage corporel
Élaborée en 2005 par un groupe de travail présidé par le magistrat Jean-Pierre Dintilhac, cette nomenclature est devenue le cadre de référence des tribunaux, des assureurs et des fonds d'indemnisation. Elle ne fixe pas de montants : c'est une liste structurée des chefs de préjudice indemnisables, conçue pour qu'aucune conséquence du dommage ne soit oubliée et pour que les mêmes mots désignent les mêmes réalités d'un dossier à l'autre. Elle distingue les préjudices de la victime directe et ceux des victimes par ricochet — les proches.
Les deux grandes catégories : préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux
Toute l'architecture Dintilhac repose sur une première grande distinction. Les préjudices patrimoniaux réparent les conséquences économiques du dommage, celles qui se traduisent en euros sortis ou en revenus perdus. Les préjudices extrapatrimoniaux — dits aussi personnels — réparent les atteintes à la personne elle-même, qui n'ont pas de prix de marché mais qui n'en sont pas moins réelles : la douleur, le handicap, l'altération de la qualité de vie.
- Préjudices patrimoniaux : dépenses de santé actuelles et futures, frais divers (dont les honoraires du médecin-conseil), assistance par tierce personne, pertes de gains professionnels actuels et futurs, incidence professionnelle, frais de logement et de véhicule adaptés.
- Préjudices extrapatrimoniaux : déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire et permanent, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement, et les préjudices permanents exceptionnels.
Cette distinction n'est pas qu'académique : elle commande la déduction des organismes sociaux. Les tiers payeurs (Sécurité sociale, mutuelle, employeur) ne peuvent récupérer leurs débours que poste par poste, sur les seuls préjudices de même nature qu'ils ont effectivement pris en charge. Une imputation mal contrôlée peut amputer indûment l'indemnité revenant à la victime : c'est l'un des points où l'assistance d'un avocat fait directement la différence sur le montant net perçu.
Temporaire et permanent : pourquoi la consolidation est le pivot de tout
Chacune des deux grandes catégories se subdivise encore entre postes temporaires et postes permanents, de part et d'autre d'une date charnière : la consolidation. La consolidation est le moment où l'état de santé de la victime est médicalement stabilisé, c'est-à-dire où les lésions ne sont plus susceptibles d'évoluer de façon notable sous l'effet d'un traitement. Elle ne signifie pas la guérison, mais la fixation des séquelles.
Avant la consolidation, on évalue les préjudices temporaires : la gêne dans les actes de la vie courante (déficit fonctionnel temporaire), les souffrances endurées, les pertes de revenus subies pendant l'arrêt, les frais déjà engagés. Après la consolidation, on évalue les préjudices permanents, ceux qui accompagneront la victime sa vie durant : déficit fonctionnel permanent, perte de gains futurs, assistance par tierce personne définitive, frais à vie. Tant que la consolidation n'est pas acquise, l'indemnisation définitive ne peut pas être liquidée — d'où l'importance des provisions dans l'intervalle.
L'expertise médicale : l'étape qui détermine le montant
L'expertise médicale est l'étape déterminante de tout le processus. C'est elle qui fixe la date de consolidation, qui cote le taux de déficit fonctionnel permanent, qui évalue les souffrances endurées sur l'échelle de 1 à 7 et qui décrit les besoins futurs en aide humaine et en aménagements. Le rapport d'expertise conditionne directement l'offre de l'assureur : un poste oublié ou minoré à l'expertise est, en pratique, perdu pour l'indemnisation.
Trois cadres coexistent : l'expertise amiable unilatérale, où seul le médecin de l'assureur examine la victime — à éviter dès lors que les blessures ne sont pas bénignes ; l'expertise amiable contradictoire, conduite en présence du médecin-conseil de la victime ; et l'expertise judiciaire, ordonnée par le juge. Dans tous les cas, la présence d'un médecin-conseil mandaté par la victime, en contradictoire avec celui de l'assureur, rétablit l'équilibre et garantit que chaque doléance est entendue et chiffrée. Préparer l'expertise — réunir les pièces médicales, rédiger les doléances, anticiper la mission Dintilhac — fait partie intégrante du travail de l'avocat de victime.
Les provisions et le référé-provision : ne pas attendre la fin pour vivre
Entre l'accident et la liquidation définitive, plusieurs années peuvent s'écouler, surtout pour les dommages graves. Or les besoins, eux, sont immédiats : soins, aide humaine, adaptation du logement, perte de revenus. La loi et la pratique permettent d'obtenir des provisions, c'est-à-dire des avances sur l'indemnisation à venir. En matière d'accident de la circulation, l'assureur doit présenter une offre dans un délai de huit mois à compter de l'accident, et lorsque la consolidation n'est pas encore acquise, une offre provisionnelle suffit dans ce délai, l'offre définitive devant intervenir dans les cinq mois suivant la notification de la consolidation.
Lorsque l'assureur tarde ou propose une provision dérisoire, la victime peut saisir le juge des référés pour obtenir une provision dont le montant n'est pas sérieusement contestable, souvent assortie de la désignation d'un expert judiciaire. Le référé-provision est un levier essentiel : il finance la vie de la victime pendant la procédure et évite qu'elle ne soit contrainte d'accepter une transaction insuffisante par nécessité financière.
La capitalisation des préjudices futurs
Pour les postes qui s'étalent sur l'avenir — assistance par tierce personne définitive, perte de gains professionnels futurs, frais médicaux et appareillages à renouveler — l'indemnité ne se contente pas d'additionner les dépenses annuelles. On verse un capital unique, censé produire des revenus suffisants pour couvrir chaque année le besoin identifié, jusqu'à un terme donné ou à vie. Ce calcul s'effectue à l'aide d'un barème de capitalisation, qui convertit une rente annuelle en capital en fonction de l'âge de la victime, de son espérance de vie et d'un taux d'intérêt.
Le choix du barème a une incidence financière considérable. Un barème récent, fondé sur des tables d'espérance de vie actualisées et un taux d'intérêt prudent, conduit à une réparation sensiblement plus élevée qu'un barème ancien ou un taux surévalué. Sur les postes viagers lourds, l'écart entre deux barèmes peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros. La discussion du barème de capitalisation est donc un enjeu de défense à part entière, et non une simple formalité de calcul.
Les préjudices des proches (victimes par ricochet)
L'accident d'une personne bouleverse aussi la vie de ses proches. La nomenclature Dintilhac leur reconnaît des préjudices propres, qui s'ajoutent — et ne se confondent pas — avec ceux de la victime directe : préjudice d'affection lié à la douleur morale, préjudice d'accompagnement pour ceux qui partagent le quotidien d'une victime gravement handicapée, pertes de revenus du conjoint ou du parent contraint de réduire son activité, frais de déplacement et d'hébergement. En cas de décès, les proches sont indemnisés au titre du préjudice d'affection et des pertes de revenus du foyer. Ces postes, substantiels, sont fréquemment sous-estimés et doivent être systématiquement revendiqués.
Le rôle de l'avocat de victime
Face à l'assureur, la victime n'est pas en position d'égalité. L'assureur dispose de son propre médecin-conseil, de ses juristes et d'un intérêt évident à minorer chaque poste. L'avocat de victime rétablit le rapport de forces : il choisit le fondement le plus favorable, fait désigner un médecin-conseil indépendant, prépare et accompagne l'expertise, réclame les provisions nécessaires, discute la mission, conteste les cotations insuffisantes, contrôle l'imputation des tiers payeurs et chiffre chaque poste sur la base de justificatifs et de barèmes adaptés.
Surtout, il refuse de signer une transaction tant que l'offre ne traduit pas une réparation réellement intégrale, et engage le cas échéant la voie judiciaire. Sur les dommages graves — traumatisme crânien, paraplégie, polytraumatisme — la rigueur de cette évaluation, poste par poste, détermine directement le montant final, qui peut se chiffrer en millions d'euros.
Aller plus loin : nos pages dédiées
Cette page donne la vue d'ensemble. Pour le détail de chaque poste majeur et de leur valorisation, nous mettons à votre disposition des pages dédiées :
- Déficit fonctionnel permanent (DFP / AIPP) : l'atteinte permanente à l'intégrité, exprimée en taux et valorisée selon la valeur du point.
- Assistance par tierce personne définitive (ATPP) : souvent le poste le plus important, capitalisé sur l'espérance de vie.
- Perte de gains professionnels futurs (PGPF) : la perte de revenus après consolidation.
- Souffrances endurées (SE) : le pretium doloris, coté sur l'échelle de 1 à 7.
- Préjudice d'agrément (PA) : l'impossibilité de poursuivre une activité de loisir pratiquée auparavant.
- Le glossaire de l'indemnisation : tous les chefs de préjudice et les sigles définis en une seule page.

Glossaire de l'indemnisation
Le droit du dommage corporel a son vocabulaire : sigles d'experts, postes de la nomenclature Dintilhac, mécanismes de calcul et fonds d'indemnisation. Ce glossaire définit, en termes clairs, les notions que vous rencontrerez tout au long de votre dossier, afin que vous gardiez la maîtrise de votre indemnisation.

Tierce personne définitive (ATPP)
L'assistance par une tierce personne répare le besoin d'aide humaine de la victime après la consolidation. C'est très souvent le poste le plus élevé du dossier : sa juste évaluation, heure par heure, et sa capitalisation sur l'espérance de vie déterminent une part décisive de l'indemnisation.

Perte de gains pro futurs (PGPF)
La perte de gains professionnels futurs répare le manque à gagner subi après la consolidation, lorsque les séquelles rendent le travail impossible ou en réduisent durablement le rendement. C'est l'un des postes patrimoniaux les plus lourds, souvent capitalisé sur toute la durée de la vie active.

Souffrances endurées (SE)
Les souffrances endurées réparent les douleurs physiques et les souffrances psychiques que vous avez supportées entre l'accident et la consolidation. L'expert les cote sur une échelle de 1 à 7, traduite ensuite en indemnité : un poste à part entière qu'il faut documenter et défendre.

Déficit fonctionnel permanent (DFP / AIPP)
Le déficit fonctionnel permanent (DFP), encore appelé atteinte permanente à l'intégrité physique et psychique (AIPP), répare les séquelles définitives qui subsistent après la consolidation. Exprimé en taux puis valorisé par un point dont le montant dépend de votre âge et de l'importance du taux retenu, c'est l'un des postes les plus lourds de la nomenclature Dintilhac.

Préjudice d'agrément (PA)
Le préjudice d'agrément répare l'impossibilité, après l'accident, de continuer à pratiquer une activité sportive ou de loisir déterminée que vous exerciez auparavant. C'est un poste personnel souvent minoré par l'assureur, qui exige une preuve rigoureuse de la pratique antérieure.
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Questions fréquentes
Nous avons rassemblé ici les réponses aux questions que vous nous posez le plus souvent. Si la vôtre n’y figure pas, notre équipe est juste à un clic.
C'est le principe fondateur du droit du dommage corporel : l'indemnisation doit réparer « tout le préjudice, rien que le préjudice ». Elle vise à replacer la victime, autant que l'argent le permet, dans la situation qui aurait été la sienne sans l'accident. Cela suppose d'identifier et de chiffrer chaque poste de la nomenclature Dintilhac, car aucun n'est accordé d'office.
La consolidation est la date à laquelle l'état de santé est médicalement stabilisé : les séquelles ne sont plus susceptibles d'évoluer de façon notable. Elle ne signifie pas la guérison. C'est le pivot de l'évaluation : avant elle on chiffre les préjudices temporaires, après elle les préjudices permanents. Tant qu'elle n'est pas acquise, l'indemnisation définitive ne peut pas être liquidée — d'où l'intérêt de demander des provisions.
Oui. Avant la liquidation définitive, des provisions peuvent être versées pour financer les soins, l'aide humaine et l'adaptation du cadre de vie. Si l'assureur tarde ou propose une somme dérisoire, le juge des référés peut être saisi pour accorder une provision dont le montant n'est pas sérieusement contestable, souvent avec désignation d'un expert. Cela évite d'avoir à accepter une transaction insuffisante par nécessité financière.
Pour les préjudices futurs (tierce personne, perte de gains, frais à vie), on verse un capital unique calculé via un barème de capitalisation, en fonction de l'âge, de l'espérance de vie et d'un taux d'intérêt. Un barème récent et un taux prudent conduisent à une réparation nettement plus élevée. Sur les postes viagers lourds, l'écart entre deux barèmes peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros : sa discussion est un enjeu de défense à part entière.
L'assureur dispose de son propre médecin-conseil et d'un intérêt à minorer chaque poste. L'avocat de victime rétablit l'équilibre : il fait désigner un médecin-conseil indépendant, prépare l'expertise, réclame les provisions, discute la mission et les cotations, contrôle l'imputation des organismes sociaux et chiffre chaque poste sur justificatifs et barèmes adaptés. Sur les dommages graves, cette rigueur détermine directement le montant final.